Printemps grec
Printemps grec que l’on dit exceptionnel, à savoir frais pour la saison, venteux et pluvieux. La “carte-postale” y est pourtant, à l’image du petit chalutier nommé Saint-Nicolas, amarré face à l’île de Póros. Saint-Nicolas, le Saint Patron des gens de mer et de la marine car il veille pense-t-on sur eux, y compris lorsqu’ils traversent les détroits périlleux, par-dessus tout en ces temps géopolitiques… inflammables qui sont les nôtres.
Les cafés de Póros ne font pas le plein. Avril 2026
Rien de nouveau dans un sens, surtout si l’on compte l’histoire de la région par millénaires écoulés et non pas en ridicules décennies, comme par exemple à Washington. Et pour demeurer dans notre futile synchronie, les cafés de Póros ne font certes pas le plein pour le moment et pourtant, les premiers voiliers de location ont déjà fait leur apparition, sauf que les plaisanciers ne plaisantent plus au sujet des prix. À près de quatre euro le café servi, ils préfèrent le préparer visiblement eux-mêmes, à bord de leur auberge flottante en polyester.
Les premiers voiliers de location. Póros, avril 2026
“Nos réservations stagnent depuis le déclenchement des hostilités au Proche-Orient, et si cette situation perdure, nous espérons tout de même récupérer un certain tourisme qui optera désormais pour la Grèce et non plus pour les pays du golfe Persique ou pour la Turquie”. Voilà ce que l’on entend au pays de Zeus Xénios par les temps qui courent.
Le… détroit entre Póros et le Péloponnèse. Avril 2026
“J’aime bien t’écouter parler ma chère, ici aussi la situation se dégrade, voilà que l’essence est déjà hors de prix et ce n’est pas terminé, puis tout le reste qui suit. Tu as raison de dire que Trump veut se vanter d’une pseudo victoire éclatante, un petit quelque chose de rien du tout, une miette heureuse afin de vendre aux Américains la fin de la guerre, en tout cas espérons qu’il soit ainsi”.
Souvenirs… de la Grèce. Póros, avril 2026
Du reste, seuls les chats du port demeurent à vrai dire impassibles face aux piètres affaires humaines, familières voire lointaines, de même que de certains touristes structurellement hébétés parmi ceux embarqués à bord des flottilles, et encore. Le temps des humains est décidément lourd.
Petite chapelle. Póros, avril 2026
“Tout exhale une odeur de romantisme au sens anglais éventé, du dernier quart du siècle passé”, écrira d’ailleurs à ce propos Séféris dans son “Journal” des années 1945-1951. Ou encore, au 26 avril 1940: “J’écris devant la fenêtre ouverte, c’est la fin de l’après-midi. Les cloches lentes du Vendredi Saint et toutes les heures, un coup de canon”.
Les chats du port. Póros, avril 2026
Il faut préciser que ce séjour du poète à Póros, accompagné par Maró qui deviendra son épouse en 1941, était alourdi par l’ombre de la guerre, qui plus est mondiale, déclenchée en Grèce par l’attaque de l’armée de Mussolini cinq mois plus tard, le 28 octobre 1940.
La villa Galiní. Póros, avril 2026
Dans ce contexte, d’après mes observations sur le terrain comme on dit en ethnographie, les Grecs actuels, en tout cas les plus âgés, autrement-dit ceux ayant fréquenté l’école avant la transmutation de ce dernier par le wokisme sous tous les gouvernements successifs depuis près de quarante ans.
Rénovant les salles de leurs restaurants. Póros, avril 2026
Les plus jeunes, notamment ces Grecs affairés du tourisme de masse et de sa culture du néant largement partagée, scrutent plutôt le ciel météorologique et d’abord géopolitique pour espérer que la saison touristique ne sera point affectée par le contexte actuel. On les comprend.
Après la tempête. Péloponnèse, avril 2026
“Il y a à peine plus d’une heure de route depuis Nauplie pour s’y rendre et voilà que notre village est pratiquement inoccupé. Moins d’une dizaine de personnes y vivent encore à l’année, et ce n’est pas fini pour ce qui tient de la dégringolade. Notre kairos au village, notre temps décisif… alors, il est tout simplement mort”.
Après la tempête. Péloponnèse, avril 2026
Les journalistes de la télévision, ont parlé “de catastrophe biblique” et ils ont comme à leur habitude, formulé d’autres inepties du genre, tandis qu’au même moment la guerre en cours au Proche-Orient détruit cette fois-ci vraiment, les vies, les lieux, les monuments et peut-être même un certain avenir… tout en y “suggérant” un autre, ainsi qu’une nouvelle cartographie sanguinolente, voire au pire… une table rase.
Après la tempête. Péloponnèse, avril 2026
Et parmi les nombreuses études portant sur l’œuvre du grand historien de l’Antiquité, retenons à ce propos et à titre d’exemple l’analyse suivante, non sans raison visiblement.
Les imperturbables camping-cars. Péloponnèse, avril 2026
“Ce goût du tragique chez Thucydide est essentiel. Là où les analystes contemporains cherchent des schémas prédictifs et des explications systémiques, lui attire l’attention du lecteur sur le rôle des choix, des perceptions et des émotions des acteurs individuels”.
Après la tempête. Péloponnèse, avril 2026
“Une grande partie de cette complexité est perdue lorsque le ’piège de Thucydide’ est élevé au rang de quasi-loi des relations internationales. Elle devient une justification pour plaider l’inévitabilité : une puissance monte, les autres ont peur, la guerre suivra”.
Après la tempête. Péloponnèse, avril 2026
Les Grecs des générations un peu datées, certains d’entre eux en tout cas, ils estiment même sans avoir lu Thucydide que de toute évidence, les passions détachées de la raison caractérisent pour commencer les discours et les actions des dirigeants actuels en Occident, à commencer par les Etats-Unis.
Hôtel datant des années 1920. Péloponnèse, avril 2026
Et cela, pendant que les imperturbables camping-cars apparus depuis l’Europe occidentale sont déjà de la partie. Grèce éternelle en somme, pays des péristyles brisés, pays aux belles couleurs à toute saison, pays des chats “immortels” et des habitants autochtones… en voie de disparition.
La saison des néfliers. Péloponnèse, avril 2026
Cette dernière est autant en train de trépasser, quand les derniers MIM-104 Patriot – systèmes de missiles sol-air grecs sont en phase d’être livrés aux pays Arabes du golfe Persique, au même titre qu’une logistique sans précédent s’est largement établie entre Athènes et Tel-Aviv.
Notre jardin par les temps qui courent. Péloponnèse, avril 2026
En effet, c’est accessoirement la saison des néfliers en ce moment et quant à nous, nous nous occupons de notre jardin par les temps qui courent.
Plantes… par les temps qui courent. Péloponnèse, avril 2026
Le tout, sous le regard des incontournables matous bien naturellement.
Les incontournables matous. Péloponnèse, avril 2026
* Photo de couverture: Chalutier nommé Saint-Nicolas. Póros, avril 2026