Loin du monde
Il était une fois un pays grec montagneux bien rude, complétement dépourvu de routes et cependant peuplé et fier de son histoire.
Nafpaktía des montagnes, juin 2026
Cette région que l’on nomme sinon “Nafpaktía des montagnes” à plus de 1.000 mètres d’altitude, demeure toujours “difficile” dans toute sa beauté. Áno Khóra, le chef-lieu de la contrée est un village bâti à 1.060 mètres d’altitude à l’extrémité ouest des monts Vardoússia, sur les pentes de la colline de Kerasovoúni, littéralement “la montagne des cerisiers”.
Áno Khóra, juin 2026
Durant la période de domination ottomane, la seule école organisée par les Grecs en cette région montagneuse de Nafpaktía était justement située à Áno Khóra et elle était connue sous le nom d’École de Lobotiná.
Enfants de jadis à Áno Khóra
Héros du passé. Nafpaktía des montagnes, juin 2026
Café fermé. Áno Khóra, juin 2026
Il faut préciser qu’en grec moderne, l’expression actuellement un peu vieillotte: “s’aventurer jusqu’à Krávara” signifie que l’on atteint en quelque sorte la fin du monde accessible… ceci notons-le, dans un pays dominé à 70% par la montagne qu’est la Grèce.
Maison fermée. Áno Khóra, juin 2026
En ces lieux, au milieu de sept chaînes de montagnes, d’innombrables sommets et de milliers d’arbres, l’image que l’on désigne comme authentique demeure celle “de la campagne grecque qui perdure”. Cette image idyllique n’est pourtant que de façade.
Maison oubliée. Áno Khóra, juin 2026
Vie oubliée. Áno Khóra, juin 2026
Une seule taverne. Áno Khóra, juin 2026
Sur la place centrale du village et pour commencer on y découvre le légendaire Karnávalos, nom donné à l’ancien bus qui assurait la liaison entre Naupacte et Áno Khóra, repeint et astiqué, renforçant ainsi toute cette atmosphère nostalgique.
Le légendaire Karnávalos, années 1970
Durant de nombreux siècles, les sentiers, la marche à pied et les animaux assuraient toute liaison potentiellement possible, du temps par exemple où le bourg d’Áno Khóra était peuplé par plus de mille habitants… contre moins d’une vingtaine actuellement.
Le légendaire Karnávalos, années 1960
C’est ainsi que l’arrivée de la… route et des Karnávalos, car en réalité tel fut le nom générique que les habitants ont donné à tous ces premiers bus, leur si grande apparition avait été fêtée comme un événement historique à l’échelle locale.
Habitans de jadis.à Áno Khóra, années 1960
Et par ces conditions, le voyage entre Naupacte et Áno Khóra durait près de six heures, voire davantage. Car il s’agissait d’un véritable voyage inévitable pour les hommes dans leur quotidien ou même sur le point de migrer vers d’autres horizons, pour les femmes et les enfants, pour certains des animaux et même pour les trépassés… dont les cercueils revenaient au pays natal arrimés sur le toit de ce type de cars. Toute une vie en somme… et cala jusqu’au bout.
Toute une vie… Cimetière à Áno Khóra, juin 2026
“C’est l’ambiance rétro et la nostalgie qu’y règnent sur place, quand on se dit que tout semble sortir directement d’un film grec des années 1960, tandis que la route vers ces villages impressionnera le visiteur par la beauté des paysages naturels”.
À la rencontre des habitants à Áno Khóra, juin 2026
À la rencontre des habitants à Áno Khóra, juin 2026
Car, pour vraiment aller à la rencontre des habitants à Áno Khóra comme dans toute cette contrée, il faut se rendre aux cimetières de la région et des villages, recenser les tombes généralement familiales, examiner les photos des morts par générations alors entières, y découvrir leurs tanches de vie ou plutôt les deviner, faire ainsi… l’inventaire des arts et des métiers comme on dit.
Maison oubliée. Áno Khóra, juin 2026
Il n’y a plus d’habitants, plus de popes, les dernières écoles ont fermé définitivement il y a près de trente ans, il n’y a pratiquement plus d’animaux d’élevage hormis quelques dizaines de chèvres, plus de commerces, plus d’administration.
Hormis quelques chèvres. Nafpaktía des montagnes, juin 2026
Le visiteur “en escapade” remarquera sans quoi la beauté du paysage, les maisons en ruines qui sont souvent à vendre et même le local d’ailleurs fermé des “Amis du chanteur populaire Stélios Kazantzídis”, sans oublier la cuisine régionale de la seule taverne ouverte.
Amis de Stélios Kazantzídis. Áno Khóra, juin 2026
Rappelons à l’occasion que Stélios Kazantzídis avait surtout si merveilleusement chanté la douleur des enfants du pays ayant migré vers les Etats-Unis, l’Australie ou l’Allemagne entre les années 1950 et 1970 et parmi ces derniers, certains étaient revenus au village pour finir leurs jours.
Aux rares cafés à l’ancienne. Nafpaktía des montagnes, juin 2026
Ensuite, par la force des choses fatales, les rares cafés à l’ancienne encore en courte activité estivale, deviennent à leur tour des musées, tant les objets et surtout les photographies qui décorent leurs murs témoignent sinon du passé et de rien d’autre.
Au café tenu par Koúla. Nafpaktía des montagnes, juin 2026
Ce client, un vieil homme qu’y buvait d’ailleurs son… Coca-Cola, nous a raconté à l’occasion combien son village était encore habité il y a une quarantaine d’années et autant, combien lui-même y faisait avec succès son commerce de fruits et de légumes au moyen de sa petite camionnette.
Les chats des lieux. Nafpaktía des montagnes, juin 2026
Avant de reprendre la route du retour et le traversier vers le Péloponnèse tout en évitant le pont car trop cher pour nous, nous avons salué ce beau pays… si admirablement habité par ses fantômes.
Le traversier vers le Péloponnèse. Juin, 2026
À Áno Khóra justement et pour évoquer… nos fantômes, sur l’emplacement du vieux cimetière, nous avons distingué la tombe de Stávros Papapánou, étudiant à la faculté de Droit, enfant du village de jadis, né en 1889 et décédé à Athènes en 1911. Paix à son âme, même si sa tombe semble être laissée à l’abandon.
La tombe de Stávros Papapánou. Áno Khóra, juin 2026
Il était certes une fois un pays grec montagneux et rude, ayant pendant si longtemps résisté aux envahisseurs, aux éléments… ainsi qu’aux escapades. Toute une histoire.
Chat des lieux. Áno Khóra, juin 2026
* Photo de couverture: Le légendaire Karnávalos, Áno Khóra, juin 2026