Épitaphe
Vendredi Saint. On a déjà préparé l’Epitáphios. Le Christ est mort. Partout en Grèce comme ailleurs dans le monde des Orthodoxes on expose son icône ou plus exactement son linceul, grand tissu brodé, luxueusement orné.
Drapeaux en berne. Péloponnèse, avril 2026
Déjà en Grèce Antique, l’épitaphe est l’inscription funéraire ajustée sur une tombe en souvenir de la personne décédée. Le terme fut également utilisé pour désigner un texte, voire un discours qui fait l’éloge du défunt s’agissant par la suite des laudatio funebris des Romains.
Les œufs de la Pâque. Péloponnèse, avril 2026
Mais de nos jours, en ce Péloponnèse supposé alors mythique et comme partout ailleurs à travers le pays, les drapeaux sont mis en berne. Ils le resteront jusqu’à la Résurrection du Samedi Saint au soir lors du moment de la Paque, et c’est la plus grande fête de l’année en Grèce avant le 15 août de la Dormition de la Vierge Marie et même avant Noël.
Hôtellerie en ruines. Péloponnèse, avril 2026
Sur la corniche. Péloponnèse, avril 2026
Sur la corniche. Péloponnèse, avril 2026
L’une des coutumes les plus connues est l’abstention de laver son linge. D’après notre vieille voisine au village, il était considéré comme sacrilège que de laver son linge le Jeudi Saint, car ce jour marque l’entrée dans la période la plus solennelle et sacrée de la Semaine Sainte.
Sur la corniche. Péloponnèse, avril 2026
À l’inverse, s’abstenir de ces tâches était considéré comme un signe de respect et de foi.
Matou adespote. Péloponnèse, avril 2026
Aujourd’hui ces traditions se sont considérablement assouplies, mais elles sont encore observées dans de nombreux foyers, moins par superstition que pour préserver un hypothétique lien avec le passé et les valeurs qu’il véhicule.
Sous l’ombre. Péloponnèse, avril 2026
Cependant on fait semblant, si ce n’est que partiellement, et pour ceux qui tiennent les tavernes et les cafés, il s’agit particulièrement d’un avant-goût de la période touristique et rien de plus.
Sur la corniche. Péloponnèse, avril 2026
Il faut dire que les premiers touristes ou souvent les retraités de l’Europe occidentale venus s’installer au pays d’Alcibiade sont de la partie et que d’abord, de nombreux Grecs originaires de la contrée reviennent en ces lieux du thermalisme suranné et de sa trop vieille hôtellerie… à l’occasion de la Pâque.
Le blanchiment des trottoirs. Péloponnèse, avril 2026
Et c’est ainsi qu’en ce Vendredi Saint tout le monde est censé avoir cessé le travail et cependant, les commerces, les tavernes, les cafés et les supérettes sont ouverts. Sauf que Yannis, le vieux paysan parmi les derniers, lui alors, il a ostensiblement aligné son vieux “malkótsi” devant le portail de son domicile, histoire de monter à tout le monde que la tradition n’est sans doute pas encore tout à fait morte.
Le vieux “malkótsi” devant le portail. Péloponnèse, avril 2026
Même des années plus tard, on trouve encore de tels moteurs en service, principalement équipant certains tracteurs, mais aussi dans des bateaux et des pompes, ceci, plus de 60 ans après que l’entreprise a cessé d’exister.
Nos citrons. Péloponnèse, avril 2026
Sauf que l’État “grec” lui a donné en quelque sorte le coup de grâce au milieu des années 1970. Malkótsis fut en réalité victime d’un sabotage financier. Sommé de répondre à une importante commande de mille moteurs pour véhicules militaires, il fut contraint de contracter un prêt auprès de la Banque nationale.
Avant la mise à l’eau. Péloponnèse, avril 2026
Lors de sa fermeture, l’entreprise était un géant pour l’époque, employant près de 3000 personnes. La disparition de la plus grande industrie de machines lourdes que la Grèce n’ait jamais connue, marque le début du plan visant à détruire les piliers de l’économie nationale. Et pour ce qui est de sa Résurrection… on l’attend toujours pour ainsi dire.
Serafína dans un carton. Péloponnèse, avril 2026
En ce Vendredi Saint, on entend bien la cloche sonner la mort toute la journée… celle du Christ déifié et peut-être d’abord, celle du pays réel grec pour ne rien dissimuler. Sauf que le soleil est de retour et que les chats des tavernes s’abritent déjà sous leurs tables, pour bien rester à l’ombre.
Spítha, attend son agneau. Péloponnèse, avril 2026
Ce soir, le linceul du pays chrétien si luxueusement orné ainsi que son sarcophage décoré de fleurs, sera comme d’habitude porté solennellement en procession.
Nos figuiers. Péloponnèse, avril 2026
Merveilleux pays grec ! En ce Péloponnèse supposé mythique comme partout ailleurs, les figuiers ont retrouvé toutes leurs feuilles, la mer est plus bleue que jamais et l’on attend paraît-il la Résurrection. Kítsos, matou parmi nos matous ne dira sans doute pas le contraire.
L’Épitaphe dans tout son éclat (de rire).
Kítsos, matou parmi nos matous. Péloponnèse, avril 2026
* Photo de couverture: L’Epitáphios. Péloponnèse, avril 2026