Mourir en héros


En cet hiver grec de tous les dangers, le massif du Pinde en Thessalie s’est déjà drapé d’un épais manteau neigeux, “immaculé et silencieux comme il se doit” aux dires des visiteurs !

Les chats du Pinde. Thessalie, janvier 2026

Les visiteurs venus de la grande plaine y sont assez nombreux surtout en weekend, histoire de déguster le vin local et les plats aux champignons dans un si beau pays mourant… “mais toujours en fête”, si l’on écoute certaines personnes. Le vin local est certes bon, les chats sont de la partie et enfin, les restaurateurs font semblant d’être satisfaits, car ils ne le sont en réalité qu’à moitié.

Le pays réel grec agonise, son agriculture est à largement abandonnée autant que l’élevage et sur ses montagnes, les efforts depuis près d’un siècle quant à la gestion et à l’exploitation raisonnables de la forêt, sont anéantis par les récentes décisions politiques, éoliennes alors comprises.

C’est ainsi que trois événements récents ont agité cette Grèce… létale et ainsi finale, sans pour autant la réveiller et pour cause. La dernière semaine de janvier 2026 fut aux dires de tous ici, plus qu’apocalyptique, car elle a été révélatrice de ce qui se passe vraiment à l’ancien pays… d’Hésiode.

Vin local. Thessalie, janvier 2026

D’abord, vers 4 heures du matin au 26 janvier, nous avons entendu à proximité de Trikala un fort bruit, que nous avons d’emblée et sans le savoir attribué à une forme d’explosion. Hélas, c’était vrai. Il s’agissait de l’explosion survenue à l’usine Violanta, dans l’enceinte de cette biscuiterie bien connue de tous les Thessaliens, installée sur la route nationale reliant Trikala à Karditsa. L’explosion et l’incendie qui ont suivi ont tué cinq ouvrières et il y a eu également de nombreux blessés.

Cet incident a été qualifié de l’une des plus grandes tragédies du travail survenues en Thessalie ces dernières années, suscitant rapidement une vive émotion à travers le pays et appelant à un renforcement des mesures de sécurité au travail.

Les cinq femmes, toutes originaires de la région de Trikala, âgées de 35 à 55 ans, ont été retrouvées mortes dans les débris de l’usine. Les corps de quatre d’entre elles ont été découverts dans les heures qui ont suivi l’extinction de l’incendie, tandis que celui de la cinquième, portée disparue dans un premier temps, fut retrouvé le lendemain 27 janvier, carbonisé à son poste. L’émotion suscitée est depuis bien forte, voire déjà la colère qui monte à son tour.

L’usine de Violanta après l’incendie. Trikala, janvier 2026

Le Service de la lutte contre les incendies criminels a mené son enquête préliminaire sur les causes du sinistre. Nous savons déjà que la cause est la fuite de gaz dans la zone des fours au sous-sol de l’usine, suite à une étincelle ayant provoqué l’explosion.

Le 27 janvier, les autorités ont interpelé trois personnes : le propriétaire de l’entreprise, le responsable de la sécurité et le chef d’équipe, référées devant le Juge de Trikala. Ils ont été inculpés d’homicides involontaires en série, d’incendie criminel par négligence et de provocation d’une explosion.

Mais d’après mes informations évidemment… informelles issues du Palais de Justice de Trikala, certains députés de la majorité, puis quelques ministres, voire même les membres le cabinet du Premier ministre en la personne du sociopathe Mitsotakis, “auraient téléphoné aux juges pour que ces derniers ne placent pas les présumés coupables… en détention provisoire”. Impossible bien entendu… de vérifier ces propos.

Manteau neigeux dans le Pinde. Lac Plastíra, janvier 2026

Ce qui est toutefois vérifiable, il a été dès lors divulgué par la presse locale et nationale. D’abord, les conduites de gaz souterraines n’étaient pas inoxydables et de ce fait, elles ont été rongées et même trouées par endroits car elles n’ont jamais été contrôlées, pour une installation qui d’ailleurs ne respectait pas les règles de sécurité industrielle dès la construction de l’usine, entre les années 2007 et 2011.

Parmi les ingénieurs travaillant à l’époque pour Violanta et ayant potentiellement paraphé certains documents de conformité, figure alors Dimítris Papastergíou, ancien maire de Tríkala et actuel ministre des… nouvelles technologies et de ladite “transition numérique”.

Après, nous savons que c’est l’accumulation suite à la fuite de gaz dans la zone des fours au sous-sol de l’usine qu’a provoqué le… drame “programmé”, sauf que ce fichu sous-sol était en réalité une construction illégale car il ne figurait pas dans les plans officiels de l’usine et qu’enfin, la direction n’avait guère réagi lorsque les ouvriers se plaignaient des odeurs de gaz qui remontaient jusqu’à la surface.

Les chats du Pinde. Thessalie, janvier 2026

Cette même direction de l’usine avait entre autres interdit tout… syndicalisme au sein de l’entreprise, jusqu’à empêcher il y a quelques semaines, la visite des représentants des syndicats interbranche, rendus sur place de manière formelle depuis Trikala.

Comme par hasard, les propriétaires de Violanta sont d’ailleurs et comme tout le monde sait proches du gouvernement actuel et pour finir, l’entreprise avait reçu deux semaines avant l’explosion, une aide supplémentaire de deux millions d’euros, d’après un montage financier “coutumier”, entre Bruxelles, Athènes, ainsi que l’administration régionale de Thessalie, cette dernière faisant attester des décisions prises… bien en amont.

La patrie des Centaures n’est plus, ses biscuits sont devenus amers et les cinq ouvrières travaillaient alors de nuit car en journée, elles s’occupaient comme elle le pouvaient de leurs foyers et de leurs enfants, pendant que leurs maris partaient travailler à leur tour.

“Qu’on nous rende notre Patrie”. Athènes, années 2010

Nos… héros sont donc ceux et celles qui ont encore du travail et même des enfants quand en 2025, il y a eu en Grèce en tout et pour tout près de 40.000 naissances, dont la moitié chez les migrants, lesquels… remplacent inexorablement les nationaux pendant que les capitaux du monde, disons entier, achètent l’immobilier au pays bradé.

Déjà, durant les premières années de la crise que l’on disait “grecque”… il y a près de quinze ans, je me souviens que lors de bien nombreuses manifestations à Athènes, un vieillard paupérisé, alors en digne représentant du pays de jadis, posait parfois devant mon objectif photo… pour l’histoire, tenant entre ses mains un bout de papier au slogan suivant : “Qu’on nous rende notre Patrie”.

En 2026 la… Patrie n’est toujours pas rendue et pendant que les récentes divulgations des “fichiers Epstein” dévoilent un réseau pédocriminel international, ainsi que l’imbrication lugubre entre certaines élites, y compris à travers la manipulation de l’information et la truanderie cooptée, en Grèce, une bande de jeunes amis a cru bon louer un véhicule de type minibus, rien que… pour se rendre à Lyon par la route, afin d’assister au match de foot disputé par le PAOK de Thessalonique, leur équipe culte.

Au musée de la Guerre. Athènes, 2025

Pour la petite histoire de l’insignifiant, l’équipe de Lyon a emporté ce match au soir du 29 janvier de quatre buts à deux, sauf que les jeunes supporteurs partis de Grèce n’étaient pas de la partie. Ils ont trouvé la mort dans un terrible “accident” de voiture, quand sur une nationale roumaine menant à la frontière avec la Hongrie et après un dépassement plus que risqué, le conducteur du minibus “n’a pas réussi” à se rabattre et son véhicule a percuté un poids lourd venant d’en face. L’accident a été d’ailleurs filmé par la caméra du camion qui se faisait doubler.

Cela s’est produit le 27 janvier dans l’après-midi, pratiquement 24 heures seulement après l’explosion dans la biscuiterie de la mort à Trikala.

Sitôt, de nombreuses manifestations ont eu lieu un peu partout en Grèce et d’abord à Thessalonique, ville de l’équipe PAOK, pour honorer les sept morts de la nationale roumaine, ces “héros” sacrifiés pour leur équipe, plongeant accessoirement le pays réel grec hébété dans un chagrin alors énorme.

Gastronomie locale dans le Pinde. Thessalie, janvier 2026

Cependant, l’enquête et les analyses toxicologiques effectuées sur place suite à l’accident de la route impliquant les supporters du PAOK d’après le communiqué du Parquet roumain, ne laissent guère de doute quant aux véritables causes du… drame.

Les résultats ont confirmé la présence de deux substances psychoactives dans le sang du conducteur : du cannabis et de la cocaïne, selon le site d’information news.ro. D’après les mêmes informations, la présence d’alcool dans son sang a également été constatée, un élément qui vient s’ajouter aux données déjà examinées par les autorités.

Par ailleurs, lors des investigations sur les lieux de l’accident, deux paquets contenant vraisemblablement des substances psychoactives ont été découverts dans les débris du véhicule loué par les supporteurs du PAOK.

Pâtisserie locale à Tríkala. Thessalie, janvier 2026

Ce n’est donc pas tout à fait un accident… mais plus tôt un “penalty”, voire, carrément un “hors-jeu” logique, une victoire… des Puissances du désordre, comme l’aurait sans doute exprimé Hésiode en son temps. Accessoirement, à bord du minibus voyageaient dix supporteurs du PAOK, quand la carte grise du véhicule homologuait très exactement huit places assises.

Ces jeunes ont été pourtant honorés en héros, à l’image de l’Hellade contemporaine je dirais. On glorifie les malfrats, on célèbre les prostituées du showbiz… et l’on vote en faveur des politiciens escrocs comme autant prostituants.

C’est alors dans ce triste “ordre” ontologique que les sept malheureux décervelés radicaux ont entamé leur ultime “pèlerinage”, célébrant la foutaise du ballon rond quand plus rien ne tourne vraiment rond dans leur pays et bien au-delà, mais passons.

Les chats du Pinde. Thessalie, janvier 2026

En même temps ces jeunes ont passé outre de toute règle de sécurité élémentaire relative à l’usage du véhicule loué et en plus, ils ont consommé de la drogue en conduisant, mettant d’abord en danger la vie des autres… avant de mourir plus que stupidement. Sauf qu’ils sont les “héros”… quand toute la classe politique l’a dit et répété ainsi que les journalistes.

Quatre jours plus tard au 31 janvier, l’ultime pays grec encore logique, célébrait à son tour la mémoire des victimes de la crise des îlots d’Imia en mer Égée. C’était dans la nuit du 30 au 31 janvier 1996, quand la Grèce et la Turquie ont été au bord de la guerre au sujet des ilots que depuis la Turquie revendique ouvertement, tout comme d’ailleurs le contrôle sur la moitié de la mer Égée.

Monument consacré aux héros d’Imia. Athènes, 2025

C’est grâce à l’intervention des États-Unis qu’un conflit armé a pu être évité de justesse entre ces deux États membres de l’OTAN. Au même moment, on avait observé à l’occasion que ladite Union européenne dont la Grèce est membre, avait été un observateur plus que passif lors du déroulement de la crise d’Imia.

Cette crise d’Imia a été toutefois marquée par la perte des trois membres d’équipage de l’hélicoptère PN21 de la marine nationale grecque : les lieutenants Christódoulos Karathanásis et Panagiótis Vlachákos, ainsi que le pilote en chef Éktoras Gialopsós. On sait maintenant que l’hélicoptère avait été abattu par les soldats turcs, alors qu’il survolait l’îlot. Sauf que la version officielle grecque ainsi que la propagande exercée par Wikipédia indiquent sans vergogne “qu’il s’agit d’un accident”.

Au village de Lágia dans le Magne dont Panagiótis Vlachákos était originaire, on y découvre son buste sculpté sous les drapeaux et sur la place de l’église.

Mémoire de Panagiótis Vlachákos. Lágia dans le Magne, 2025

Sauf qu’en ce 31 janvier 2026, le gouvernement d’Athènes a interdit toute manifestation publique en signe de commémoration près du monument consacré aux défunts d’Imia dans la capitale près du Musée de la Guerre, ceci pour honorer les trois héros morts en 1996, il y a tout juste trente ans très exactement.

Les policiers ont en effet empêché tout attroupement, pendant qu’au même moment presque à Thessalonique, tous les regroupements organisés à la… gloire des sept adeptes de l’équipe de PAOK et autant de la cocaïne, elles ont été plus qu’admises, voire, facilitées par les autorités.

Triste sort, en tout cas officiel que celui des héros qui parmi les derniers, ils ont eu le sens entier du devoir envers leur patrie. Mais c’était alors durant le lointain 1996.

Je précise que cette crise je l’ai directement vécue “de l’intérieur”, car je servais au sein d’une unité de blindés de l’armée hellénique, basée à Rhodes. L’alerte fut maximale et ainsi durant l’après-midi du 30 janvier, les avions turcs survolaient à maintes reprises et à basse altitude le campement de notre unité, pour photographier et pour repérer. Sauf qu’à la tombée de la nuit, tous nos blindés avaient quitté leur base pour prendre position de combat ailleurs dans l’île.

Je pose… en grimace, à l’intérieur d’un char M-60 A1-A3. Rhodes, janvier 1996

Et voilà qu’en 2026 la commémoration nous est interdite et que le pays alors disparu, préfère sinon célébrer ses demi-dieux de l’hybris, pour ne pas dire de l’hybridation à tout crin.

En cet hiver grec… de tous les dangers, au massif du Pinde en Thessalie déjà drapé d’un épais manteau neigeux, les visiteurs insoucieux auront goûté à la pâtisserie à l’ancienne, ainsi qu’à la salade aux champignons… sous le regard sans doute critique des chats des lieux, altitude sans doute oblige.

Dans le même ordre d’idées… d’en haut et toujours en Thessalie, notre Volodia monté sur un bout du toit, surveille alors ce qui en reste du pays et de ses héros. Vaste combat!

Notre Volodia. Thessalie, janvier 2026

* Photo de couverture: Du côté du Pinde. Thessalie, janvier 2026



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