La Grèce Fantôme
Il y a certains lieux que nous connaissons à peu près bien, si ce n’est, que par leurs fantômes du passé. Ainsi, en résonnance même au titre que j’ai choisi, intitulant mon livre de 2013 sur la crise grecque : “La Grèce Fantôme”, l’une des caractéristiques de mes excursions en découverte de ce beau pays, c’est qu’il demeure décidément… en quelque sorte fantomatique, par les temps qui courent.
Bágia, village de Zagóri en Épire, juin 2025
Nous voilà donc à Kípoi, village plutôt encore connu sous son nom ancien et historique, celui de Bágia, jusqu’en 1928. Notons d’emblée que l’Épire fut libérée du joug des Ottomans, seulement en 1912, lors de la Première Guerre Balkanique, ayant opposé les Grecs et leurs alliés Serbes, Monténégrins et Bulgares, aux Turcs d’un Empire Ottoman plutôt finissant.
Cependant, les Grecs de Zagóri avaient obtenu dès le 16ème siècle, de nombreux privilèges accordés par la Sublime Porte en échange de leur soumission, et d’abord, leur large autonomie administrative, économique, culturelle, administrative et religieuse. Privilèges, il faut dire, plutôt maintenus pratiquement jusqu’à la fin de la période Ottomane, avec toutefois quelques moments pénibles, comme lorsque ceux de Zagóri et d’abord bon nombre parmi leurs élites, avaient soutenu Ali Pacha de Jannina (ou Ioannina), dans sa guerre finalement perdue contre le Sultan, quelques mois seulement avant les débuts de la Révolution nationale des Grecs, pour se libérer des Turcs en 1821.
École des filles. Bágia en Épire vers 1900, archives locales
Les Grecs de Zagóri ont alors prospéré dans la mesure du possible, ils ont surtout mis en place un véritable réseau d’écoles, et leurs enfants… attendaient tranquillement l’heure de la libération, leur incorporation au nouvel État grec contemporain, datant de 1830 dans la partie Sud du pays grec actuel. Entre temps, les privilèges jadis accordés aux villages de Zagóri par le Sultan furent révoqués en 1868, et dès ce moment, leur déclin démographique et économique a été amorcé, en plus des ravages provoqués par la peste dans les années 1820 à 1830, ravages lesquels n’ont jamais été vraiment surmontés par les décennies suivantes.
Bágia durant ces années, fut la capitale des villages de Zagóri, conservant son titre jusqu’aux premières décennies après 1912, sous l’État grec. En cette année, les enfants de Bágia comme tous les enfants de la période, saluaient l’arrivée de la Patrie, qu’ils allaient d’ailleurs sitôt servir sous les drapeaux. Parmi ces enfants, Arsénios Stavrídis, né en 1900 au sein d’une famille relativement aisée et surtout cultivée de Bágia.
Elefthérios Venizélos et les officiers français. Macédoine, vers 1917
Le roi était suivi par l’essentiel des classes populaires de la Vieille Grèce, s’agissant du premier pays grec contemporain, défini par les frontières d’avant 1912-1913. Autrement-dit, par le Péloponnèse et la Grèce Centrale, ainsi que par une bonne partie de la paysannerie de la Thessalie, région ayant rejoint l’État grec en 1881.
Venizélos quant à lui, il était le chef du camp libéral… financier, avant-gardiste pour son temps toute proportion gardée, l’équivalant on dirait du “camp wokiste” transnational, de notre… étrange temps présent. Homme d’État d’un talent indéniable, doté d’une forte personnalité, il a été renforcé dans son ego par les agents britanniques et français, lesquels lui dictaient directement ou indirectement, l’action politique à suivre.
L’église du village. Bágia, juin 2025
Inutile de rappeler que ledit État de Thessalonique, correspondait très exactement à cette partie de la Grèce, occupée illégalement par les forces armées britanniques et françaises et cela progressivement dès 1915, suite à la campagne désastreuse des Dardanelles… initiée comme on sait par le génie stratégique discutable… d’un certain Winston Churchill. Le prétexte tout trouvé, fut celui de la présence militaire allemande et surtout bulgare dans la région proche, ce qui pourtant n’était pas faux après tout.
Cette Grèce, sous l’État fantoche de Thessalonique était en réalité traitée en territoire occupée, voire colonisée par les alliés de l’Entente et il correspondait aux régions du Nord, celles de l’Épire, de la Macédoine et partiellement de la Thrace, quoique les Bulgares ont fini par occuper de nombreux territoires, surtout en Thrace.
Hôpital militaire grec en Asie Mineure vers 1921. Armée grecque
C’est ainsi qu’entre 1916 et 1917, Venizélos se donnait bien de la peine pour mettre sur pied cette nouvelle armée grecque dite de la “Défense Nationale”, une garde prétorienne, servile, antimonarchiste et surtout, prête à épauler les forces britanniques et françaises, unités coloniales comprises, qui se battaient, il faut dire bien courageusement mais de manière plutôt “statique”, contre les Bulgares et les Allemands.
Arsénios Stavrídis souhaitait bien ardemment rejoindre cette armée Vénizéliste le plus tôt possible, sauf que l’Armée Italienne administrant… à sa guise l’Épire, de même qu’une partie des îles Ioniennes, elle n’autorisait guère un tel recrutement officiel, étant donné que les autorités légales grecques, même Vénizélistes, avaient été le plus souvent effacées… sous l’aimable patronage des Alliés de l’Entente. Toute la région, dont Bágia, alors grouillait d’espions de toute sorte, autant que de bandits, sans oublier les forces irrégulières restées fidèles au gouvernement monarchiste d’Athènes, que ce dernier dépêchait ainsi en mission dans ces régions du… grand Nord grec occupé.
Vue… touristique de Zagóri. Épire, juin 2025
Et Arsénios qui est déjà fort cultivé pour son âge, il a près de 18 ans mais grâce à sa plume, il entame ses collaborations avec la presse grecque, devenant une sorte de correspondant du front, et en même temps il participe à toutes les batailles de son temps et de sa génération. D’abord sur le front Macédonien de la Grande Guerre et ensuite, durant la campagne militaire grecque en Asie Mineure, occupant une partie de l’Anatolie, entre 1919 et 1922.
Cette campagne fut désastreuse pour la Grèce, car elle a été perdue en août – septembre 1922, au profit de la victoire de la nouvelle armée turque sous Mustapha Kemal Atatürk, le père de la Turquie contemporaine. Sauf qu’entre temps, les Grecs avaient sévèrement puni Venizélos aux élections législatives de novembre 1920, offrant l’écrasante majorité au camp monarchiste adverse, étant donné que ce dernier avaient promis de mettre fin à la guerre.
Refugiés grecs d’Asie Mineure… sauvés, 1922
Le pourrissement de la situation côté grec, le renforcement des forces de Kemal, la trahison à peine dissimulée de certains cadres militaires et surtout des politiques d’Athènes, ont amené à l’effondrement du front, à l’évacuation chaotique des forces grecques d’Anatolie, laissant près d’un million de leurs compatriotes se faire massacrer par les Turcs, comme… prévu.
Mais quelque peu en amont, l’histoire vécue “d’en bas” fut belle et comme on dit même héroïque, pour ne pas dire, envoutante. Arsénios Stavrídis a cru que l’heure de la libération des frères Grecs d’Asie Mineure était enfin arrivée, et que même Constantinople, prise par les Ottomans en 1453, allait peut-être bien… redevenir grecque.
Gazette du front manuscrite d’Arsénios Stavrídis. Asie Mineure, 1921
Le soldat Arsénios Stavrídis, participera à toutes les pratiques culturelles liées au front et à la guerre, de son époque. Parmi celles-ci, l’échange épistolaire entre jeunes femmes de l’arrière qui se développa particulièrement lors du conflit de 1914-1918, sous cette forme inédite de parenté spirituelle : Le grand élan patriotique du début de la Première Guerre mondiale suscita le “parrainage” de soldats du front par des jeunes femmes, qui s’engageaient à procurer à leur “filleul” une aide à la fois matérielle et morale, en leur envoyant des colis et surtout en échangeant avec eux une correspondance suivie.
Toutefois, celles que l’historiographie française appelle alors “marraines de guerre”, elles deviennent les “sœurs” pour les soldats grecs de la période 1917-1923. Cette forme de parenté consanguine improvisée, est introduite officiellement par des organisations telle la “Sœur du soldat”, composante locale de l’organisation américaine YMCA qui, sous l’impulsion des dignitaires politiques et militaires de l’époque, est aussi à l’origine des premiers “Foyers du Soldat” grecs à partir de 1918 sur le front d’Orient. Ensuite, sous l’impulsion d’Anna Papadopoulou-Melas – également connue sous le nom de “Mère du soldat”, d’autres foyers ouvrent leurs portes à Athènes, au Pirée, à Andrinople et en Asie mineure.
Le portique de la demeure d’Arsénios Stavrídis. Bágia, juin 2025
Parmi ces frères du front, Arsénios Stavrídis, l’enfant prodige de Bágia est cultivé, talentueux dans l’écriture, et il a plein de projets. Sans perdre de son temps… gâché déjà par la guerre, il entreprend, d’abord via les “foyers des soldats”, puis directement, une correspondance avec la “sœur” du soldat, Georgía Despotopoúlou, jeune femme cultivée, originaire de Smyrne, établie à Athènes et surtout, autant Vénizéliste que Stavrídis. Les 104 lettres de Stavrídis, adressées à Georgía Despotopoúlou, ont été conservées jusqu’aux années 2010 aux Archives privées Mnímes de Fondas Ládis à Athènes (Fonds Despotopoúlou contenant 2.500 lettres du front), et j’ai eu bien la chance d’y travailler en les analysant, il y a déjà de cela, une bonne vingtaine d’années.
Promu rapidement caporal, Arsénios est pareillement l’auteur exclusif d’une gazette du front entièrement manuscrite, dont le contenu relate les affaires d’actualité, et d’ailleurs celles rigoureusement politiques et revendicatives, quand naturellement un tel positionnement échappe, de près ou de loin, à la censure.
La dernière lettre adressée par Stavrídis à sa sœur de soldat. Bágia, mai 1926
À travers ce texte de Stavrídis qui est parmi les écrits du front ouvertement politiques, on remarque toute la critique combattante qui est ici fort bien précise et ciblée. En dehors de ce que la censure a effacé à jamais, l’auteur dénonce directement la politique extérieure du gouvernement, le voyage à Londres du Premier Ministre, de même, que sa politique intérieure critiquant les forces de l’ordre ayant malmené par exemple les grévistes du moment.
Blessé au combat en Asie Mineure, Stavrídis se voit accorder une permission de convalescence, qui le conduira jusqu’à son village. De nouveau à Bágia, il écrit alors à “sa” sœur Georgía :
La “sœur” du soldat, Georgía Despotopoúlou vers 1920. Archives Fondas Ládis
Il en avait déjà tant vu… et subi sur le front. Il a surtout vu de nombreux camarades tomber comme on dit, au combat. Dans une lettre, justement adressée à la mère d’un soldat tué, et dont la copie il l’avait destinée à sa “sœur de soldat”, Arsénios y exprime très exactement tout son ressenti “à chaud” :
“Chère Madame, j’ai retrouvé votre lettre du Pirée, destinée au caporal Kotsónis Yórgos. Je l’ai ouverte seulement pour identifier l’expéditeur et pour l’informer de la mort héroïque de Yórgos, mon ami-frère d’ici, depuis deux ans au 8ème R.I. Crétois. C’était le mercredi 3 juillet dans l’après-midi. Les Turcs ont attaqué fort nombreux, lui, il s’est rendu seul au village pour récupérer son sac, il est tombé dans une embuscade, et fait prisonnier il n’a pas voulu trahir nos positions… et les Turcs l’ont sauvagement massacré car nous entendions ses cris. Le lendemain lors de notre contre-attaque, nous ne l’avons pas retrouvé”.
La rue où habitait Arsénios Stavrídis. Bágia, juin 2025
Puis, la fin arriva. Ladite “Catastrophe grecque en Asie Mineure” en août-septembre 1922, a plus qu’affecté Stavrídis, lequel est certes évacué vers la Grèce, sauf qu’il en est malade, physiquement et d’abord, psychologiquement. Un amer sentiment d’être trahi est d’ailleurs partagé par ceux de l’armée, de même que par les réfugiés de 1922-1924, tous ces Grecs ayant échappé tout juste au massacre, évacués vers la Grèce depuis la nouvelle Turquie de Kemal. Pour Arsénios Stavrídis, la messe est alors dite :
“Je suis psychologiquement malade. (…) Je me dis souvent que Kemal nous a détruits en Asie Mineure, mais il devrait venir ici pour brûler aussi tout ce qui tient de la Vieille Grèce. Du brûlis sortirait peut-être quelque chose de meilleur”, écrivait dans sa lettre envoyée depuis Ioannina en Épire, à sa sœur Georgía Despotopoúlou, au 9 novembre 1922.
Refugiés grecs d’Asie Mineure à Athènes, 1922
Ce qu’il écrivit à sa sœur Georgía, avant de retrouver enfin Bágia son village, témoigne enfin de son amertume. L’État grec, celui de sa Patrie amère, ne lui reconnait guère tous ses mois de service par manque de documents administratifs, du fait de son engagement volontaire en 1916 et étant donné que les villages de Zagóri furent placés à l’époque, sous le haut… patronage de l’Armée Italienne.
En réalité, bien acerbe désormais dans sa plume, il est déjà meurtri et pour tout dire, il est sur le point de devenir définitivement infirme. Revenu de son enthousiasme Vénizéliste des années 1916 à 1922, l’ancien combattant Arsénios Stavrídis, se focalisera autant clairement sur l’opposition devenue radicale entre le “haut” et le “bas”. Autrement-dit, entre les desseins politiques des cercles du pouvoir à Athènes, et ce que fut la vraie cause nationale largement alors admise par les humbles. Car déjà, pour ces ruraux grecs, jadis si fiers de leurs gouvernants, leur cause nationale (et même sociale), avait été tout simplement anéantie, voire trahie, toujours par les mêmes profiteurs des temps de guerre comme de paix.
Arsénios Stavrídis sur une photo de 1926
“Ioannina, le 5 octobre 1922. Chère Georgía. Par l’intermédiaire de Pandelís [qui est son cousin], je tente à me faire muter aux Services Centraux de l’Armée, ici à Ioannina, en attendant d’être libéré de mon service. Je t’avais écrit pour que tu rencontres au même motif la Mère du Soldat, rue Valaorítou à Athènes. Elle pourrait arracher l’attestation quant à mon état des services au sein de l’Armée, ceci depuis que j’y sers, d’abord en tant que volontaire depuis le 22 novembre 1916, car comme c’était à l’époque l’occupation italienne [à Zagóri], les registres grecs n’ont pas suivi toute ma situation. Écris-moi dès que tu as du nouveau à ce propos”.
“Toi, tu m’as envoyé une lettre bien sèche, car soi-disant, je ne t’écris plus. Pourtant, je t’ai adressé mes cartes tous les deux jours. Lorsque tu te trouvais à Chalkís, tu as sans doute oublié que Smyrne est alors morte. Tu es certes originaire de Smyrne, mais c’est moi qui pleure davantage Smyrne et l’Anatolie, car je les ai beaucoup aimées. Et par leur destruction, ma douleur est devenue indescriptible, telle qu’un amoureux fou… mais meurtri. Tu aurais, à ce propos vu, dans quel état je me trouve en ce moment. Ni Venizélos, ni le retour des siens [par le Putsch de septembre 1922], ne m’ont alors procuré… la moindre joie”.
Au café – taverne. Bágia, juin 2025
“Car, nous avons causé la perte de tant de gens. Je ne peux plus éprouver la moindre joie. Après tout, comme Smyrne a été perdue, que toute la Grèce s’effondre après tout. Qu’il vienne à Athènes ce Kemal. La faute vient d’Athènes. Je n’écrirai guère davantage. Je ne sais pas ce que tu en penses. Avec amour, Arsénios. Écris-moi au village, à Bágia”.
Arsénios Stavrídis, en raison de son vécu dans la guerre et suite même aux événements de l’après 1922, il a définitivement perdu tout l’enthousiasme de sa jeunesse… ainsi que sa résolution politique. En même temps, souffrant d’un handicap dont la piètre reconnaissance, voire, la non-prise en charge par les autorités “compétentes” de l’État grec, l’a profondément et définitivement accablé, comme il l’a exprimé en 1926 dans sa dernière lettre dont nous disposons, adressée à Georgía Despotopoúlou depuis son village.
Lettre du front d’Arsénios Stavrídis. Asie Mineure, 1920
“Je ne sais plus quels péchés… j’ai commis et ce que j’ai fait, pour en subir autant. Je me sens seul, ma mère est morte de chagrin, Pavlos mon frère, ainsi que mon père sont certes à mes côtés, mais à quoi bon… Le climat ici est très bénéfique, mais psychologiquement, je ne suis pas bien du tout”.
“La perte de ma mère m’a tant affecté et je crains, que je ne m’en sortirai plus. C’est pourquoi, je suis devenu tel un homme sauvage et je n’écris plus bien souvent, comme avant. J’ai été présenté devant la commission médicale ; certes, on m’a déclaré invalide, mais je n’ai obtenu que 40 points, soit 240 drachmes par mois d’indemnités, et d’ailleurs je n’ai encore rien touché pour l’instant. Que veux-tu, voilà tous les remerciements de la PATRIE (sic). Toutes mes salutations à ta famille. Je t’envoie ma photo, pour que tu puisses saisir toute ma représentation… maintenant que je suis devenu barbu. Avec tout mon amour fraternel, Arsénios. Sur la photo, on peut voir mon bras… en bandage d’appui.”
Histoire locale de Bágia. Ioannina, 1980
Puis, il est ainsi mentionné dans un traité de l’histoire locale de Bágia, sous forme de nécrologie, édité à Ioannina en 1980. “Bágia a perdu prématurément un homme des Lettres et de talent, et autant un grand patriote. Il nous a laissé quelques livres… introuvables, si ce n’est que par des extraits, sous le titre – Pages ensanglantées – et de nombreux articles publiés dans la presse de l’époque”.
Arsénios Stavrídis est mort en 1927, il avait 27 ans. Près d’un siècle plus tard, en ce juin 2025, j’ai rencontré à Bágia, son arrière petit neveu, puis à Ioannina, le petit-fils de sa sœur. Amer, maltraité par les circonstances atténuées… de la grande Histoire, malade et déjà invalide, il a succombé de la tuberculose, comme autant, de la Grèce de Venizélos et des autres politiciens de toute sorte.
Lettre du front d’Arsénios Stavrídis. Asie Mineure, 1919
Voilà comment certains lieux alors nous “parlent” avant d’y être même en tant que visiteurs, et que les leurs, leurs enfants de jadis… ils ont été en quelque sorte nos amis venus de loin, à l’instar d’Arsénios Stavrídis. Après-tout, j’avais déjà lu les 104 lettres qu’il avait adressé à Georgía, sa “sœur” de soldat, entre 1918 et 1926. Tout une époque, dirait-on.
Et enfin à Bágia, je suis passé devant le portique de sa maison, tous deux hermétiquement fermés, à l’image de quasiment toutes les maisons actuellement à Bágia. De 800 habitants vers 1860 et de 500 habitants en 1925, elles ne demeurent de nos jours à Bágia, que 40 “âmes vivantes”, comme on aime dire parfois en Grèce. En plus des chats des lieux, bien naturellement, autant dignes descendants de leurs… ancêtres. Car, dans une lettre adressée depuis Bágia à Georgia, Arsénios lui promettait que de photographier le chat de sa mère, pour ensuite lui envoyer sa photo, ceci expressément sur demande bien entendu.
Économie de jadis. Bágia, juin 2025
Mais mise à part ceux, sous… le patronage de la Grèce Autrement – greceautrement.gr, les visiteurs actuels des lieux, d’ailleurs tous étrangers, n’auront rien vu, ni saisi de Bágia de jadis, et encore moins, de l’histoire de son enfant prodige d’il y a tout juste… un si lourd siècle.
Grecs comme touristes. Kónitsa en Épire, juin 2025
Décidément, il y a certains lieux, que nous connaissons bien mieux… par leurs seuls fantômes du passé.
Très vieux matou. Bágia, juin 2025
* Photo de couverture: Bágia, village de Zagóri en Épire, vers 1970